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Blog politique, après l'essor, quel avenir ? 2

Partie 1 La réponse à des besoins spécifiques de
communication

« Toutes choses sont dites déjà ; mais
comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer. »

André Gide


Le développement permanent d’outils ou de
techniques de communication politique est profondément lié à la nature même de
l’activité politique dans une société démocratique : le gouvernement,
l’opposition, la campagne électorale, sont basés sur la création d’un lien
entre l’homme politique, le gouvernement, l’autorité élu ou le parti avec
l’opinion, puisqu’en dernier ressort, c’est le citoyen électeur qui vote : la
nature et la qualité des messages qu’on lui adresse prend une importance
particulière.


Dès lors, le développement des techniques de communication politique suit
logiquement celui du développement des outils de communication. La sphère
politique s’approprie donc le blog, comme elle avait pu s’approprier auparavant
l’affichage, la radio la télévision ou le minitel. Le blog politique s’inscrit
donc dans cette histoire, dans un environnement mouvant. Dès lors, les
interrogations sur son état, avenir et sa place dans cet ensemble de techniques
se posent.

Nous nous intéresseront tout d’abord à l’apparition du blog politique
et à son état de développement (A) avant de voir en quoi le blog politique
correspond à des besoins réels de communication politique (B), qui ont vocation
à s’articuler au sein de stratégies de communication multicanaux, où, chaque
outil, le blog y compris, possède qualités et défauts, avantages et limites(C).

A) L’usage du blog en politique

Le blog politique s’est développé avec une
grande rapidité. Pour comprendre ce mouvement, toujours en cours, il faut
revenir sur les grandes étapes de son apparition (1) avant de s’essayer à une
étude des blogs politiques existants, tout en ayant conscience des difficultés
posées par l’objet même de l’étude(2).

1) De l’Amérique à l’Aquitaine : l’apparition du
blog politique

Comme souvent, c’est une campagne électorale outre atlantique qui
« lance » un nouvel outil dans l’éventail des techniques de la
communication politique. C’est lors des primaires pour l’investiture du
candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine que le blog politique
fait parler de lui pour la première fois : Howard Dean est le premier candidat,
vite suivi, à intégrer le blog comme un des canaux de communication de sa
campagne, dès 2003.

A la faveur des élections régionales, l’Atlantique sera vite
traversé. Début 2004 Alain Rousset
[1], président de la région Aquitaine lance son blog. Dominique Strauss Kahn[2], député de Sarcelles et ancien ministre de l’économie et des
finances et Alain Juppé seront les premiers, parmi les responsables politiques
d’envergure nationale, à mettre en ligne un blog, également au début de l’année
2004. Dès lors un mouvement d’ampleur est lancé.

De plus en plus d’élus ou de groupes politiques plus ou moins formels
lancent leur blog, à la faveur de différents temps politiques (élections,
référendum, rentrée parlementaire, mouvement revendicatif..).On voit même des
municipalités se lancer dans l’aventure de la publication d’un blog.

Les blogs politiques prennent dès lors une grande diversité : ils
sont des sites de personnes ou de groupes, leur auteur peut être connu et
identifié, comme peu célèbre ou anonyme. Ils peuvent être constitué
temporairement sur un sujet spécifique ou de façon permanente pour traiter de
sujets généralistes. Ils sont composés de textes rédigés, de photos, de
dessins, d’extraits audio ou de vidéos, et même sous la forme de bandes
dessinées
[3]. Ils sont sérieux ou satiriques[4], hébergés sur des plateformes gratuites[5] ou payantes.

Les évolutions les plus récentes concernent essentiellement de
nouveaux contenus en ligne sur les blogs. Le podcasting[6] – la
diffusion régulière de contenus multimédias – constitue ainsi le phénomène le
plus remarquable de la période récente. Il s’est notamment illustré par le
vidéo podcast de Nicolas Sarkozy sur le blog de Loïc Le Meur, fin décembre
2005. Début janvier, à l’occasion des dix ans de la mort de François
Mitterrand, un podcast rassemblant plusieurs « éléphants » du Parti
socialiste (François Hollande, Jack Lang, Jean Luc Mélenchon, Laurent Fabius)
avait lieu[7]. Enfin,
le 3 et le 4 février ont vu apparaître un long podcast vidéo d’Arnaud
Montebourg et la création d’un rendez-vous podcast audio sur le tout nouveau
blog de Laurent Fabius.

L’évolution
technique permanente est une des caractéristiques les plus visible de la
blogosphère. Malgré cette difficulté inhérente au sujet, il est intéressant de
s’intéresser aux pratiques existantes du blog politique.

2)
Vers une sociologie du blog politique ?


Réaliser une réelle sociologie du blog politique est sans doute encore
difficile. L’objet d’étude est en effet large et fluctuant. Selon les
différents décomptes qui existent, selon les critères employés, les
spécialistes de la blogosphère parlent de 150 à plus de 1000 blogs politiques.
Mais, quelle limite donner à une notion aussi globalisante que celle de blog
politique ? Faut il comptabiliser tous les blogs comprenant un ou plusieurs
messages politiques ? Au choix de catégorisation thématique employé par
leur auteur ? A la qualité (militant, élu, responsable politique) de ce
dernier ? Comment traiter les blogs d’analyse politique ?


On comprend dès lors la difficulté de la tâche. Malgré celle-ci, quelques
spécialistes de la blogosphère comme Loïc Le Meur ou Versac (
Nicolas VANBREMEERSCH) ont pu
s’essayer à cette recherche. A travers le commentaire de données obtenues par
Nicolas VANBREMEERSCH, à partir d’outils de mesure en ligne[8], et des
hypothèses qu’il dégage,
 sur lesquelles nous nous appuierons largement,
une typologie dégageant trois types de blogs apparaît: 

« Le blog de commentaire et d'analyse (type versac), le blog d'expertise (type Eolas, sur le droit ou econoclaste, sur
l'économie), et le blog d'homme politique (type DSK ou Juppé) ».
 

Nous nous intéresserons principalement au blog de l’homme politique
ici. Quelles en sont les caractéristiques principales ?

Tout d’abord, les blogueurs politiques sont des hommes. A
l’image d’une classe politique très masculine dans notre pays, et d’un milieu
technophile où les hommes sont sur représentés, les blogs politiques sont tenus
à 82 % par des hommes. Ce profil est d’ailleurs à comparer avec les éléments de
l’enquête médiamétrie de décembre 2005 (infra). Alors que les blogueurs sont
majoritairement des étudiantes, femmes, jeunes la sociologie du blog politique
est à l’inverse. Au passage, on notera que la part de blogs collectifs reste
mineure. Ces hommes politiques traitent en majorité, de sujets politiques
locaux.

Le clivage politique gauche droite reste valable sur
Internet. La droite domine en terme de nombre de blogs. Les effets
sociologiques jouent ici à plein (plus d’élus locaux, plutôt masculins, travail
de rajeunissement à l’UMP..). Il faut ajouter à cela une volonté politique
fortement marquée à droite de s’engager dans l’outil blog, avec une approche
intégrée à l’UMP (plateforme de blogs Cyber militant, formation des élus et des
cadres, etc.…). Le PS a longtemps semblé  en retrait d’un mouvement qui n’était pas
encadré de manière réelle et systématique par la rue de Solférino avant le
printemps 2006. Cependant, des observations fines des blogs collectifs montrent
deux phénomènes :

- Une
sur représentation de la gauche, des « collectifs citoyens », des
altermondialistes ou à travers les courants du PS, conforme à la tradition
politique de la gauche française, plus sensible aux collectifs qu’à des
individualités suspectes de césarisme. Un certain spontanéisme ou la
structuration par sous groupes politiques semble donc compenser les lacunes de
l’organisation politique.

- Une
présence importante des jeunes villieristes, qui ont prolongé les blogs crées
pour le référendum en s’engageant déjà dans la bataille de 2007.

 

En revanche, les partis d’extrême-droite et d’extrême
gauche sont encores assez rares sur les blogs politiques. Difficulté à accepter les commentaires et
l’expression des internautes, sociologie militante peu encline à s’intéresser
aux blogs, absence de remise en question des usages militants usuels ?
Nous ne pouvons ici que formuler des hypothèses.  Il semble que les militants d’extrême droite
préfèrent utiliser les blogs rubriquées comme « journaux personnels »
plutôt que ceux catégorisés dans la sphère politique pour échapper à une observation
trop attentive de la part des modérateurs des plateformes d’hébergement.

Les partis parlementaires sont en tout cas sur
représentés par rapport à leur poids électoral. C’est particulièrement vrai
pour l’UDF et le PRG. Un parti d’élu, et de cadres c’est donc davantage un
parti de blogueur. Cela étant dit, l’existence d’un blog ne signifie pas
automatiquement la puissance d’écoute de celui-ci. L’élément permettant
d’apprécier le mieux celle-ci est sa mise en réseau et les liens. En
l’occurrence, la force des réseaux politiques UMP et PS apparaît
nettement. 

 Cela étant, une dualité très forte
existe entre quelques blogs « stars » captant des dizaines de liens,
et d’autres à l’audience beaucoup plus réduite. De plus, les liens sont souvent
très centrés au sein de la sphère militante même. La capacité à ouvrir le
public de son blog vers l’extérieur, hors des réseaux « proches » est
décisive si le blog a vocation à être plus qu’un outil de communication
politique « interne ».

 Dans un entretien à Temps réels [9]
Roger Fajnzylberg, blogeur socialiste exprime
d’ailleurs son désarroi face à un trafic faible dont il ne semble pas maîtriser
les causes : « Quels enseignements tirez vous du blog ?  L’intérêt
de ce médium mais aussi ses limites car le nombre de citoyens le consultant
régulièrement me parait encore faible ».

 
En ce qui concerne la puissance d’audience des blogs politiques et des
types de contenus très intéressant, « Versac » nous livre une étude
intéressante sur le « classement de la blogosphère politique » :

 

« Pour
classer, je suis parti du nombre de liens technorati. Cela ne témoigne que
d'une chose: l'inclusion des blogs dans la conversation qui se tient dans la
blogosphère. L'audience n'est pas toujours proportionnelle à cet indicateur :
un homme politique peut avoir mobilisé son fichier propre, et disposer d'un
lectorat important hors de la blogosphère.
Mais le nombre liens entrants témoigne de l'influence de réseau du blog. C'est
un indicateur pertinent de l'importance d'un blog. Car disposer d'un blog sans
jouer sur leur logique de réseau, c'est se cantonner à un usage très limité,
proche d'un site Internet classique (c'est à dire à être passif, non inclus,
comme l'était le web de ceux qui l'assimilent à un magazine).

Voici les
résultats…

Ce classement des
125 "blogueurs hommes politiques" étudiés fait apparaître ce qu'on
appelle de manière classique une "longue
traîne
" (long tail en anglais), très incurvée, avec très peu
de leaders, et une foule de tout-petits.

Concrètement, on
peut distinguer trois entités :

- la noblesse - 3 blogs - (ceux qui
disposent de plus de 150 liens entrants): Christophe Grébert, DSK, Alain Juppé.
Notons que nous avons ici une star des blogs (Christophe) et deux stars hors
blogs ;

- la bourgeoisie - 11 blogs - constituée
de ces blogueurs qui ont plus de 30 liens entrants : je reviendrai un peu plus
en détail sur cette catégorie, pour révéler ses diversités ;
- les petits notables de province
- 35 blogs- constituée de blogs, majoritairement locaux, disposant de 10 à 30
liens entrants (notons des présences amusantes, comme Jack Lang, clairement en
dessous de ses ambitions présidentielles et de son soi-disant usage du web,
André Santini, certes blogueur récent, mais quand même "pape du
numérique", ou Yves Jego, qui parle pourtant moult blogs à la radio ou à
la télé) ;
- le commun des mortels,
soit les 75 blogs restants, sur lesquels ne pointe quasiment aucun lien. Ces
gens là parlent un peu dans le vide. On dénote près de 20 blogs, parfois
anciens, vers lesquels ne pointe aucun lien sur internet. Ils sont tous seuls.

Je ne reviendrai
pas en détail sur la noblesse,
sur laquelle tant a déjà été dit, mais intéressons-nous un peu à la bourgeoisie. Après tout, comme toute
révolution, les blogs doivent s'appuyer sur elle. »

 

Versac
s’intéresse également aux types d’usage du blog par les hommes politiques et
aux différentes fortunes de ces blogs et à leur cause :

 

« - le compte-rendu de mandat. C'est ce
que fait Alain Lipetz, qu'il est, d'ailleurs à ma connaissance quasiment le
seul à faire[10].
Député européen, il nous narre le quotidien de son mandat, les projets de
directive, ses prises de position, son activisme dans les coulisses… C'est un
peu techno, mais souvent très éclairant sur ses points de vue et sur les
dessous des travaux du parlement européen. Ceux qui parlent de pédagogie de
l'Europe devraient s'inspirer de ce travail démocratie. Son contenu est une
référence par ailleurs souvent utilisée dans les débats en ligne. Je pense que
de nombreux députés ou sénateurs gagneraient à s'astreindre à ce type
d'exercice, exemplaire dans l'éthique du mandat.

 

la vulgarisation et l'échange sur les idées
: c'est ce que font nombre de blogs, qui s'adressent à un public large,
échangeant principalement de l'opinion, mais aussi des vues parfois critiques
et informées, très souvent liées aux dossiers qu'ont eu à suivre les
responsables politiques blogueurs. Les sujets sont infinis, de l'Europe à la
LOLF, et souvent personnels. Les hommes politiques semblent d'ailleurs réagir
assez modérément aux stimuli de l'actualité, et fixer l'agenda de leur blog
plus en fonction de leurs propres envies. Les formats infinis, mais souvent
courts (voire parfois réducteurs), comme si la ligne était difficile à trouver,
entre vulgarisation, café du commerce et technique trop pointue. Attention
toutefois à dépasser le stade des simples opinions émises en une petite phrase,
qui ne me semblent pas apporter grand chose au blogueur.

 

- le militantisme et l'information locale.
De ces poliblogeois, seule Nadine
Jeanne a un profil de blogueuse locale. C'est bien entendu lié au développement
de la blogosphère putéolienne (Puteaux, ville où le débat politique se fait sur
les blogs). Néanmoins, son travail est assez exemplaire de l'utilisation locale
d'un blog : information sur les sujets débattus, explication des derniers
conseils municipaux, mobilisation autour de différents sujets d'intérêt
particulier pour la ville, etc… Un exemple à suivre pour tout élu local qui
partage des valeurs de transparence.

 

- le dialogue avec les djeunz. C'est
la ligne de Julien Dray, que je ne partage pas dans la forme (les billets
commencent quasiment toujours par "Moi
je trouve que
"), mais qui semble avoir un petit succès auprès
des skybloggers. Ca fait quand même se poser une question : l'inclusion du
jeune en politique doit-il passer par l'utilisation de langage SMS et des
raccourcis rapides sur les idées ? Ne peut-on avoir une autre ambition ?

 

- la mobilisation et la réflexion collective
: c'est l'usage du blog monté par la motion 1 à l'occasion du congrès du Mans, Réussir
à gauche, ou de Démocratie et socialisme, revue
de la gauche du PS. Ces deux blogs de gauche sont devenus des lieux de débat
relativement ouverts et actifs (un peu moins pour D&S), et apportant la
richesse de la multiplication des points de vue dans leur débat propre. Un bon
moyen de mobiliser autour de réflexions, d'ouvrir le débat de manière plus
structurée que le simple forum de parti, souvent peu utile, et d'élargir les
problématiques au-delà de la simple sphère des militants.

 

Quelques
facteurs-clefs de succès, ensuite :

 

- s'adresser à une communauté. C'est
ce qui explique le succès de Jean-Luc Romero, par exemple, qui dispose de
nombreux liens dans la blogosphère homosexuelle (et aussi de quelques liens au
sein des blogueurs UMP, suite à sa candidature éclair aux primaires
parisiennes). Au-delà de cet exemple un peu spécifique, l'objectif de tout
blogueur politique est bien de fédérer une communauté d'intérêt, et de se faire
reconnaître auprès d'elle. Chaque blogueur politique devrait commencer par
identifier les noeuds de réseaux proches de ses problématiques dans la
blogosphère,et se faire connaître auprès d'eux, et entrer dans une dynamique
d'échange.

 

- entrer dans la conversation des
autres blogs. C'est la cause du succès de Véronique Delvolvé, qui n'est pas par
ailleurs - encore - une star de
la politique : elle est très liée avec d'autres blogueurs influents, plutôt
dans le monde du business-blogging, se rend à des réunions de blogueurs, laisse
des commentaires ailleurs que chez elle, relaie de temps en temps des billets
présents sur des blogs non politiques. S'ouvrir à la conversation des autres
est un élément-clef pour qui veut développer son influence. Cela peut se faire
de manière assez simple (relayer des billets sur d'autres blogs, réagir sur des
commentaires, faire part d'une discussion ailleurs…), mais peu de blogueurs
politiques le font, témoignant ainsi d'un usage peu évolué de l'outil (pour
beaucoup, cela reste un site web facile à mettre à jour).

 

- ouvrir au dialogue. Les blogs à la
plus grosse audience sont devenus des forums : DSK ou Dray, par exemple. Lancer
de temps en temps un débat ouvert, appeler à des contributions. Le blog est un
espace de débat dirigé, il doit faire vivre les réactions. Et cela ne passe pas
uniquement par l'appel à réaction du type "vous en pensez quoi ?"
sous quelques pensées éparses, issues de la lecture du Figaro, comme on le voit
tellement souvent…

 

- maîtriser sa communauté. C'est bien
d'avoir beaucoup de réactions, d'entretenir un public fidèle, mais il faut
savoir assister le lecteur, surtout le nouveau venu. De ce point de vue,
arriver aujourd'hui chez DSK est difficile : quelques dizaines de commentateurs
discutent entre eux, sans réel input
de Strauss-Kahn, et avec une modération très limitée de son équipe. Le nouveau
visiteur est perdu : il cherchait des prises de positions, il ne trouve qu'un
café du commerce vaguement amélioré. Il faut modérer, limiter les trolls, les
squatteurs de commentaires, orienter les débats. Rien n'est pire qu'un blog à
l'abandon où tout est laissé aux cyber squatteurs. Et le premier devoir du
blogueur est de fournir du contenu,
quelque chose à mâcher à son lectorat.

 

- Etre une voix. Un blog, c'est avant
tout une voix. Rien n'est pire que de retrouver un discours général, qu'on a
déjà entendu dans tous les media, avec un ton peu personnel. Cela ne veut pas
dire qu'il faille verser dans l'intime (à la Juppé) ni que, nécessairement, le
blog doive encourager le simplisme, le ton familier ou la médiocrité. La ou les
personnalités des auteurs doivent être présentes dans le blog. Trop de
blogueurs politiques produisent des discours dignes d'une réunion de section,
ou d'une inauguration de maternelle. Sortez des grands discours et entrez dans
le réel. Alain Lambert l'a bien trouvé, ce ton, par exemple, qui le fait sortir
d'une image distante et froide de financier élégant, sans réduire le niveau de
ses interventions. »

 

Il faut en effet
s’intéresser à un des éléments pointés par Versac : la faiblesse
d’insertion des blogs politiques au sein de la blogosphère. Alors que certains
blogs réunissent des centaines de milliers de visiteurs uniquement par la force
des liens, des trackbacks et du référencement, l’ouverture des blogs politiques
sur la blogosphère est encore limitée.

Une étude plus
récente menée par Netizen, le premier magazine sur les blogs, apparu en janvier
2006, tente également de dresser une carte politique et géographique de la
blogosphère politique.

Netizen recense
ainsi 38% de blogs de gauche, 57% de blogs de droite, et 4% de blogs tenus par
des militants écologistes. Le détail selon le type d’élus montre que les blogs
de maires, de députés, de sénateurs sont plus souvent des blogs de droite que
ceux des conseillers généraux et régionaux, majoritairement acquis à la gauche.
Cela tend à laisser penser qu’il n’y a pas de sur représentation de la droite
ou de la gauche en tant que tels mais que c’est la coloration politique
majoritaire des élus qui fait la coloration politique majoritaire des blogs
d’élus.

Cependant cette
étude est imparfaite, car incomplète. Il est difficile de recenser tous les
blogs de responsables politiques et de le qualifier à un titre ou à un autre.
Ainsi, dans les blogs commentés par Netizen, on trouve aussi bien des députés,
des ministres ou conseillers généraux, qu’un membre des conseils consultatifs
de la jeunesse de Paris (non élus), alors que certains blogueurs politiques
sont absents.

B) Le blog, une réponse adaptée à des besoins de communication
politique

Nous l’avons vu, les différentes techniques ou médias utilisés par la
communication politique sont usé de façon pérenne que parce qu’ils correspondent
à des besoins réels pour l’homme politique.

C

es utilisations ont parfois disparues avec l’évolution des médias
eux-mêmes, qu’elle soit due à leur structure économique ou leur obsolescence.
On est sans nouvelles du « 3615 LEPEN », la presse partisane diffusée
dans les kiosques est devenue confidentielle et limités aux partis extrémistes
et les débats publics contradictoires ont été remplacés par leurs succédanés
télévisés. Les contraintes financières
et réglementaires pèsent largement dans
cette évolution permanente qui fait que des usages et des techniques se
développent, vivent et dans certains cas disparaissent.

 Le blog n’échappe pas à la
règle. Il présente en effet un certain nombre d’intérêt par rapport aux techniques
de communication antérieure, permettant de valoriser le travail politique, de
contribuer à la construction d’une image, facile d’accès et permettant la
construction d’un espace de débat nouveau.

1) Le blog, outil de valorisation du travail politique, outil de
construction politique

En effet, le responsable politique se légitime à la fois par sa
fonction, par ses idées et les actions qu’il mène. Le blog, grâce à sa grande
capacité de réaction et de mise à jour, permet de faire mieux connaître les
actions de l’élu que les sites traditionnelles. Nombre de notes, comptes-rendus
ou de rapports destinés initialement au travail direct de l’élu finissaient
autrefois dans des tiroirs sans avoir jamais été communiqués aux électeurs. Or,
le blog permet à la fois d’archiver et
de communiquer une face souvent méconnue du travail politique.

 

C’est là un grand intérêt du blog pour l’homme politique :
l’absence de filtre médiatique et la possibilité de communiquer directement des
informations en son nom. Communiqués, démentis, rectificatifs trouvent donc un
e place de choix sur les blogs. De plus, il permet de faire connaître à la fois
les positions et le travail d’un élu à travers des aspects quotidiens souvent
mal connus par les citoyens car peu ou pas médiatisés. En effet, le traitement
médiatique de la politique se limite souvent aux batailles de personnes ou
d’appareils, aux polémiques plus qu’au débat de fond.

Ainsi, les rapports, interventions ou discours qui ont bien souvent
une vie et un public extrêmement limité et une durée de vie réduite trouvent
une deuxième vie sur les blogs.

Alors que les médias traditionnels n’offrent que peu d’espace à un
homme politique donné, le blog permet une diffusion régulière de contenus
facile et contrôlée par l’auteur. Ajoutée à l’utilisation de plus en plus
fréquentes de technologies « web 2.0 » dynamiques comme les fils
d’information RSS, le blog permet au responsable politique de voir ses
informations et ses messages diffusés sur les navigateurs internet des
internautes dans une démarche de diffusion de contenus devenue une démarche à
mi chemin entre le pull et le push 

 

Cette possibilité est parfois utilisée par l’homme politique pour
définir une véritable ligne éditoriale. Ainsi, Benoît Hamon centre l’essentiel
de ses messages sur son activité de parlementaire européen stricto sensu
et commente peu les jeux d’appareils auxquels il est amené à participer et qui
sont davantage traités par les médias. Il « recadre » parfois les
commentaires sur ses messages dans cette perspective[11]. La
tension qui peut exister dans des interviews où le responsable politique
souhaite traiter de fond et où les journalistes cherchent parfois les
commentaires et les raccourcis ne subsiste pas sous cette forme et se décale
entre les internautes à la recherche de ce type de contenus et l’auteur ou ses
partisans.

De la même manière, les thèses politiques développées par un responsable sont
difficiles à diffuser au sein d’un parti. Impossible en effet pour un homme
politique de diffuser rapidement des messages et des positions au niveau
national sans être appuyé sur un solide réseau de correspondants ou permanents.
En créant un phénomène de « buzz » autour de son blog, un homme
politique peut diffuser des idées à ses partisans ou sympathisants et réaliser
un travail de réseau à l’efficacité importante. La construction de réseaux
politiques, dans des courants d’idée comme dans des circonscriptions, leur
entretien par la transmission régulière d’information sont donc facilités par
l’outil blog.

 

Ce point est particulièrement important pour les batailles d’appareil
ou de position au sein même d’une organisation. Dans le cadre du congrès du PS
du Mans de novembre 2005, les militants d’un courant ou d’une sensibilité sont
nombreux à aller chercher directement auprès du blog de leur « leader » les argumentaires
ou les prises de positions pour les relayer dans les sections. L’émergence d’un
courant comme celui du NPS ou plus tard de Rénover Maintenant, qui comportent
peu de responsables nationaux aux positions de force dans l’appareil du PS a
sans doute été facilité par l’usage d’Internet, qu’il s’agisse de mails, de
sites ou de blogs.

 

En effet, le blog s’avère redoutablement efficace dans ce rôle de
diffusion de l’information. De plus, il permet un travail de constitution de
fichiers politiques tout à fait intéressant. En plus des traditionnels
abonnements possibles à des lettres d’informations électroniques (newsletters)
le blog permet de conserver les coordonnées des internautes ayant réagi à une
prise de position en laissant un message sur le blog. Son adresse mail
conservée, il sera relancé par mail suivant l’actualité politique ou les mises
à jour du site.

L’absence de filtre médiatique a un autre intérêt : l’homme
politique contrôle son expression et peu démentir une rumeur ou une affirmation
de manière officielle sans avoir besoin de communiquer très largement, le
démenti ou l(information étant reprise par la presse depuis le blog
[12]


2) Le blog, au service de l’image.

 

Le blog constitue donc une réponse à des besoins importants en terme
de diffusion d’informations. Il prend une importance particulière pour
transmettre des éléments qui contribuent à façonner l’image du responsable
politique. En cela, il répond parfaitement aux tendances actuelles de
personnalisation du débat politique en permettant à l’homme ou à la femme
politique de transmettre des informations maîtrisées contribuant à créer
l’attachement, l’empathie, ou à faire découvrir un côté humain méconnu dans la
sphère publique. Des anecdotes personnelles sur le blog d’Alain Juppé, des
commentaires sur le rugby sur le blog de Benoît Hamon contribuent à donner une
image plus proche de l’homme politique. Les réponses aux commentaires par le
responsable politique lui-même permettent d’établir un lien privilégié avec
l’internaute.

 Cette personnalisation s’incarne notamment par l’utilisation plus
importante du pronom « je » que sur les sites web traditionnels.
C’est une différence de ton majeure avec les sites vitrines : le ton
personnalisé se veut plus proche et permet l’installation d’une empathie plus
grande entre le visiteur du site et le responsable politique.

 

Le fait même d’être présent en ligne par le biais d’un blog, outil
considéré comme relevant tout à la fois de la modernité et du dialogue, de
l’échange permet aux hommes et aux femmes politique en disposant de voir ce
bénéfice rejaillir sur leur propre image. Cela est vrai à condition de ne pas
considérer le seul fait de posséder un blog comme un élément suffisant à
revendiquer cette modernité et ce dialogue (infra) : en revanche,
« jouer le jeu » du blog, de l’ouverture et de la discussion permet
selon de nombreux auteurs de blogs de bénéficier de cette image
[13].

 

Ces éléments d’images s’inscrivent dans des stratégies d’écriture
répondant tout à la fois à la recherche d’un « esprit blog », basé
sur une certaine idée littéraire, à des objectifs d’images et de trafic, des
éléments de contraintes et de responsabilité politique soigneusement étudiés.
Ainsi, Alain Rousset explique sa démarche :

 

Comment
s’élabore ce blog ?

 

Il faut un événement, d’abord ; puis les traces
et les impressions qu’il laisse, quelques jours plus tard ; il faut enfin
s’arracher au quotidien, à la fatigue ou à la nuit, pour essayer de gratter,
trouver le chemin d’une petite fable et sa morale (« tout flatteur vit aux
dépens ce celui qui l’écoute… etc. »). Et puis faire face à la page, blanche
et sévère. Avec quelques principes : rester moi-même, ne pas engager sur le
fond mes camarades, mes partenaires, dans des sentiments ou des analyses qui ne
sont parfois que personnels (par exemple, je voudrais bien mais ne peux pas
faire l’exégèse du bouquin de Rick Bass sur la pêche à la mouche qui m’attend
depuis des semaines, à peine ouvert…) ; je ne veux pas non plus, en tout cas
pour l’instant, parler de mes adversaires, deux premiers jets n’ont pas tenu la
distance pour ça, et Google risquerait de les trouver… un comble ! »

On note au passage un contre-sens qui montre que l’outil n’est pas
encore totalement maîtrisé : il est plus intéressant pour un homme politique
d’être présent, avec son message critique quand un internaute recherche des
informations sur son adversaire que de ne pas y être. Cette recherche de trafic
diversifié est d’ailleurs au cœur de la stratégie d’achat de mots clés
publicitaires du président de l’UMP.

 

S’il semble que l’homme politique puisse tirer du blog quelques
bénéfices en terme d’image, il faut toutefois relativiser cette assertion.
La plupart des auteurs ayant écrit sur le blog s’accordent sur un
point : le succès d’un blog dépend très largement de la qualité des
contenus qui s’y trouvent. A partir du moment où le blog politique se
généralise, les responsables politiques qui y trouvent un intérêt réel sont
ceux qui font du débat d’idée un élément central de leur présence dans la blogosphère.
L’image y existe donc essentiellement par le contenu et sa qualité.

En effet, il n’a pas été démontré que les hommes politiques réalisant
un blog en tirent un bénéfice mesurable. Ainsi, la plupart des hommes ou femmes
politiques qui caracolent en tête des enquêtes d’opinion ne sont pas dotés de
blogs. De plus, à l’exception de quelques élections partielles et du
référendum, aucune élection d’importance n’a encore marqué l’histoire de la
blogosphère politique. On peut cependant supposer que, si le blog, généralisé,
n’aura qu’une influence d’image marginale sur un lectorat plutôt composé de
militants ou de sympathisants. En revanche, au-delà des effets de mobilisation
de réseaux, c’est l’absence de blog ou de stratégie de présence en ligne qui sera
observée en terme d’image, a priori négativement.

3) Le blog, outil accessible

 

De plus le blog est un outil facile d’utilisation, adapté aux
responsables ne disposant pas de moyens particuliers, ou de moyens faibles. Son
coût quasi nul, l’absence de développements informatiques à mettre en œuvre
sont un grand atout. Il faut rappeler que la très grande majorité des élus en
France ne disposent que rarement d’équipe politique ou de moyens de
communications politiques propres. Le blog donne donc une autonomie grande à de
nombreux acteurs du champ politique.

Sa mise en place est simple et rapide et ne nécessite pas de passer
par des prestataires payants ou d’engager des personnes dotées de compétences
techniques particulières.

Il faut ajouter à cela que le
coût très limité du blog permet de mieux utiliser ses dépenses de campagne. En
effet, la loi de 1990 encadre strictement et plafonne les dépenses de campagne
électorale. Or, la conception et la maintenance de sites Internet constituaient
un poste budgétaire à l’importance croissante lors des élections précédant
l’émergence du phénomène blog. Les
dernières législatives partielles de septembre 2005 ont été marquées par
l’apparition quasi systématique de blogs des candidats.

Le coût quasi nul permet ainsi de transférer des dépenses de campagne
sur d’autres postes budgétaires ou de limiter ses budgets de campagne. Enfin,
aux USA, le blog est également utilisé comme outil de levée de fonds pour les
candidats aux élections.

4) Un nouveau média, un nouvel
espace de débat

Comme nous l’avons déjà évoqué, la campagne référendaire s’est avérée
être un terrain tout à fait propice au développement du blog dans sa fonction
d’espace de débat et de construction d e l’opinion.  Il semble en effet que le blog constitue un
média tout à fait adapté à la création de débat entre les citoyens, comme entre
les politiques et les citoyens. Loïc Le Meur résume cet aspect par une
formule : « Les médias traditionnels diffusent des messages, les
blogs démarrent des discussions ».

 

L’exemple du référendum.

En permettant la diffusion de textes et d’argumentaires, la réaction
et le débat, le blog s’est trouvé être un outil tout à fait adapté à une
campagne où beaucoup de citoyens intervenant dans le champs politiques ont pu
souhaiter diffuser des arguments ou échanger pour se faire leur opinion. De
plus, la structuration du débat avec des grands partis majoritairement
favorables au « oui » et des partis plus faibles ou des groupes
minoritaires au sein de grands partis défendant le « non » a joué à
plein.

 

Nouveau
type de site ou nouveau média ?

 

La possibilité de multiplier les liens entre des sites, et autant de
références et d’arguments, de suivre avec des rétroliens ou des fils RSS les
discussions en cours, l’abonnement à des podcasts et évidemment la possibilité
de commenter et d’argumenter structurent la blogosphère en un espace de débat
structurellement différent du net traditionnel. Le podcasting, la diffusion de
vidéos ou de sons correspond à un usage encore marginal chez les blogueurs
politiques, mais qui croît de façon significative. Nous étudierons plus loin
les phénomènes que cela entraînera à terme dans le paysage médiatique. 

On passe ainsi de la vitrine à l’agora, où l’interactivité existe et ou le
visiteur du site a un rôle actif –ou pas-, ce qui correspond à des règles
d’émissions de contenus tenant à faire tomber les barrières entre ceux qui
détiennent la parole légitime et ceux qui ne l’ont pas. Les types
d’interactions possibles, entre l’auteur du contenu et son lecteur, entre les
lecteurs deviennent possibles et rendent visibles, transparents et instantanés
une grande partie des phénomènes de « feedback » qui restaient
difficiles à apprécier avec les médias traditionnels.

Dès lors, cette démarche correspond à une tendance générale en
politique à multiplier les sphères de dialogues avec le citoyen, dans
l’opposition comme dans l’exercice des responsabilités, au sein de ce que l’on
appelle communément la « démocratie participative ».

Mais pour parvenir à cette démarche, le blog doit trouver sa place et
sa fonction, ses utilisateurs au sein de
dispositifs de communication préexistant hors de l’Internet

C) Le blog : un nouvel outil parmi d’autres.

 

Avoir un blog n’est pas une finalité. L’homme politique
n’existe pas qu’à travers les messages qu’il souhaite faire passer sur
Internet, mais aussi dans la vie publique, dans les rencontres, dans l’exercice
de responsabilités. De plus, le blog ne peut représenter un
« plus » s’il est n’est fréquenté
que par des responsables politiques.

1) Quelle création de trafic ?


En effet, un blog n’a pas d’utilité s’il n’est pas fréquenté. La blogosphère
fonctionnant très largement sur des liens et des rétroliens si la création du
trafic sur un blog est largement liée à la qualité des contenus, de leur
insertion dans la blogosphère, il est
essentiel de veiller à ces éléments :

 

- Un contenu
de qualité : La reprise « telle qu’elle » d’articles de presse
ne correspond pas à un usage satisfaisant du blog politique : l’internaute
attend une « plus value », un ton personnel et une information qu’il
ne trouvera pas par ailleurs. Le risque est de voir à terme le blog en question
délaissé. De plus, un contenu régulier et de qualité bénéficiera rapidement de
liens, de commentaires et d’un meilleur référencement.

 

- L’insertion
du blog dans la blogosphère : commentaires, liens et rétroliens permettent
aux visiteurs de surfer sur des thématiques, de blog en blog. Il permettent
donc de toucher de nouveaux publics et sont particulièrement importants à ce titre.

 

Cette reprise de sujets de blogs en blogs, qui construisent des
discussions parallèles à celle qui existent dans la société constitue un
« buzz » aux effets d’audience et d’agenda dans l’espace public
importants et croissants. Ainsi, l’affaire du proviseur de Lozère révoqué en
raison du contenu de son blog a été reprise, diffusée par la presse suite à
l’émergence d’un buzz sur la blogosphère. Devant l’importance de la
mobilisation des blogueurs, le ministre De Robien a rapidement annoncé par un
communiqué aussitôt diffusé de blog en blog que la sanction destinée au
proviseur serait révisée.

La capacité de reprise des articles écrits par des blogueurs montre
donc que la capacité à traiter des sujets d’actualité ou dignes d’intérêt est
susceptible de  générer un nombre de
reprises et de liens importants.

Cependant, la blogosphère n’est pas tout. Le blog doit aussi permettre au responsable politique de toucher des publics qui ne fréquentent
pas habituellement les blogs. Il est donc important d’utiliser les supports
traditionnels de communication politique (affiches, tracts,…) pour créer un
trafic nouveau sur le blog. Cette démarche, associée aux possibilités du blogs
permet d’établir une démarche plus interactive entre le citoyen et l’e
responsable politique, puisque la démarche « verticale » de diffusion
d’informations, par la voie d’un tract par exemple, devient interactive,
puisque la personne le recevant peut réagir à ce document sur le blog.

 

La démarche presse est également essentielle, puisque de plus en plus
de chroniques dans la presse sont consacrées au blog. Les responsables
politiques ont donc tout intérêt à faire connaître leur blog auprès des organes
de presse en question pour faire bénéficier d’une audience conséquent à leur
blog et à leur image. Ainsi, Europe 1, France Inter, Direct 8, LCP AN, LCI et
de nombreux organes de presse écrite s’intéressent au blog de façon quotidienne
ou hebdomadaire.

 

Le commentaire laissé sur un blog participe également d’une démarche
de relations publiques importante. Ainsi, quand Nicolas Sarkozy répond lui-même
à un article posté à sons sujet sur le blog de Mathieu Kassovitz, cela est
abondamment commenté en ligne, et cela permet à Loïc Le Meur de contacter le
ministre pour lui proposer le premier grand podcast vidéo d’un homme
politique. 

 

2) Faire vivre des réseaux, des collectifs, une vie locale


Le blog permet de collecter des adresses mails. L’utilisation qui peut en être
faite est diverse. L’abonnement à des
newsletter est la formule la plus classique, mais la plus décriée dans la
blogosphère, puisque peu conforme à la logique du web 2.0 où ce sont les fils RSS qui informent des mises à
jour et pas des courriers de plus en plus considérés comme relevant du spam. Plus
originale est l’utilisation faite par Jean Glavany de son skyblog. En effet, le
député de Tarbes organise avec tous les visiteurs qui laissent leur mail des
séances de chat mensuelles à partir du logiciel MSN Messenger, très utilisé par
le public jeune.

La diversité des usages de réseau, de collectifs où dans
l’utilisation locale est importante. A Blanquefort, c’est la mairie qui utilise
le blog, telle un site web ou un journal municipal pour publier les
informations sur la vie de la commune. C’est aussi parfois le cas de groupes
politiques oeuvrant au niveau local. Le plus célèbre est sans aucun doute
Christophe Grébert avec le site monputeaux.com. La section socialiste du XIème
arrondissement est également en train de mener une réflexion sur la mise en
place d’un réseau de blogs socialistes au niveau local pour préparer les
prochaines échéances électorales. Dans ces cas, le blog existe et vit grâce à
la blogosphère, mais aussi parce qu’il est relayé par des tracts ou dans des
éléments de communication politique traditionnelle.

 

La facilité avec laquelle le blog permet l’échange d’idée en fait
également un outil adapté à des courants ou des tendances.

 

La technique du podcast permet également de donner une seconde vie à
des événements « in real life ». Ainsi, il est probable que les
événements politiques locaux ou nationaux soient podcastés et trouvent de
nouveaux publics sur Internet. Cela a déjà été le cas des vœux à la presse de
Nicolas Sarkozy, ou du congrès de l’UDF.

 

Dans la sphère
syndicale, la conférence de presse du collectif de lutte contre le contrat
première embauche a également été diffusée en vidéo. Cet exemple du site
stopcpe.net fonctionne d’ailleurs parfaitement bien pour illustrer les
possibilités du blog dans des cadres collectifs : ainsi, plusieurs
organisations signataires sont dotées des codes d’accès permettant de publier
leurs communiqués, tracts et vidéos.

3) Vers la maîtrise du feedback

Un autre intérêt
du blog est qu’il permet de mesurer partiellement, essentiellement d’un point
de vue qualitatif les réactions des publics de façon quasi instantanée. Les
commentaires sur le blog de DSK sont nombreux à chacune de ses interventions TV
sont nombreuses pour évaluer la prestation, la critiquer ou la commenter. C’est
aussi le commentaire des messages postés directement sur le blog qui permettent
à l’homme politique de tester des idées et de mesurer leur intérêt ou leur
popularité.

 

Bien sûr, il
existe des biais qualitatifs et quantitatifs, dus parfois à des démarches
organisées (ainsi les blogs favorables
au CPE incitent les militants de droite à aller « flooder » sur le
blog anti-CPE), mais il s’agit d’un outil gratuit, instantané et donc
présentant de nombreux avantages par rapport aux études lourdes et coûteuses
des instituts de sondage.

 

Des outils comme
technorati ou blogpulse permettent ainsi de savoir à chaque instant quels sont
les mots ou « tags » utilisés par la blogosphère à un instant
« t » et de suivre cet usage dans le temps. Il faut également citer
le travail du linguiste Jean Véronis de l’Université d’Aix-Marseille qui
développe sur son blog une série d’outils de mesure et de suivi des contenus
présents sur les blogs.

La
veille politique sur la blogosphère est également un outil d’évaluation de
l’opinion facile à mettre en place et qui présente de grands intérêts pour les
politiques, puisqu’ils permettent de savoir quels sont les centres de
préoccupation des citoyens.

 

On le voit donc : la blogosphère et
le blog politique présentent de nombreux intérêts dans une démarche de
communication politique. Mais quel sera demain le rôle du blog dans une société
numérique encore non figée ?



 

[1] Voir article de Temps réels, section en ligne du PS du 8
mars 2004

 

[2] Ibid.

 

[3] Un blog racontant en bande
dessiné la vie de Julien Dray vue par sa fille a ainsi égayé les pages du web
fin 2004.

 

[4]
On a ainsi vu apparaître un faux blog de Jacques Chirac(www.jacqueschirac.org),
un faux blog de Lionel Jospin, et un blog satirique de promotion de la
candidature de Ségolène Royale à l’élection présidentielle de 2007.

 

[5] Julien Dray, très présent
sur la blogosphère, a ainsi choisi d’héberger deux blogs sur la plateforme
« Skyblog » de la radio Skyrock pour échanger avec les jeunes sur la
politique jeunesse de l’Île de France !

 

[6] Contraction de Pod (Ipod, d’Apple), et de
broadcasting, diffusion.

 

 

 

[8] Mesures technorati et comptages effectuées à
partir d’un fichier wiki recensant les blogs politiques. Disponibles sur http://vanb.typepad.com/versac/technorati.
Cette mesure, critiquable, n’est pas
exhaustive, mais ce sont davantage les ratios qu’il faut envisager, plutôt que
les données brutes.

 

[9]

 

[10] La méthode de recherche technorati montre ici une
faiblesse, puisque Versac n’a pas indentifié le blog de Benoît Hamon, qui
s’inscrit pourtant dans cette démarche. Là encore on s’aperçoit de la
difficulté des mesures en tant que telles. Il ne faut donc retenir de ces éléments
que les grandes dynamiques à l’œuvre plutôt que ses détails.

 

[11] « (…) Mais pitié, cessez les jeux
de rôles, y a pas grand monde que ça intéresse. Et puis je préferais que ce
blog reste un lieu d'échange sur les questions européennes pas sur une cuisine
qu'ignorent souverainement 99,9% de nos concitoyens. »
Benoît Hamon,
message du 19 décembre 2005 sur www.benoithamon.com .

 

[12] Article de blogpolitique sur alain juppé

 

[13]  Article de Temps Réels (annexe)

1 Commentaire

  1. President — 15 février 2008 #

    sympa, je te remercie bien àour ces vidéos, vlaerio :)

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