Obama: Big Brother ou pas ? Et en France ?
Le début de débat qui s’est engagé sur mon précédent billet sur les leçons de la campagne américaine me semble tout à fait intéressant:
Je viens de regarder Parlons Net avec B Thieulin, j’ai pas encore lu le pdf de Tnova, mais y a des trucs qui me semblent assez dangereux quand même. Le fichage de 3 électeurs sur 4, avec des données hyper précises, etc… en plus Thieulin avait l’air de dire que ce serait tout à fait possible en France (je doute quand même un peu mais bon). Brrr, fait froid dans le dos un peu. Pierre M
Le fichage est possible, il est juste compliqué. N’importe quel électeur peut demander à sa mairie d’avoir accès au fichier électoral, dans lequel son répertoriée des données telles que l’adresse, l’âge ou le sexe.
Après, acheter des fichiers de mails auprès d’un brokeur en mail et les croiser avec les fichiers, c’est aussi faisable.
ça nécessite juste une grosse logistique.
Mais l’impression la plus marquante à la lecture du rapport, c’est que même sans le fichage, on est très loin des méthodes du PS !
voir cet article sur le sujet : http://www.larosequipique.fr/?p=29 Bruno G.
Je rappelle que la campagne Obama a fiché plus de 180 M d’américains, en arrivant, par des achats de fichiers commerciaux, par l’accès au fichier électoral, par la qualification du fichier au fur et à mesure de la campagne au contact des activistes, à rassembler jusqu’à plus de 500 informations par personne.
Le document de Terra Nova me semble clair sur la possibilité juridique de transposer la plupart des éléments de la campagne d’Obama en France. Mais n’évoque pas la possibilité politique de le faire. Quelle serait la réaction de nos concitoyens face à un fichage par des partis politiques qui toucherai les 3/4 de la population en âge de voter ? Les effets du travail de communication et de ciblage auprès de ce fichier seraient il inférieurs à l’impact négatif de son existence même ? Les Français sont-ils mythridiatisés face aux fichiers qui vont de toute façon bien plus loin dans le domaine commercial ? Et même s’ils le sont, faut il en user en politique ? Comment gagner une élection sans avoir recours à de tels outils, qui permettent de cibler de façon très précise les indécis et rendre optimale une campagne, si votre adversaire le fait et pas vous ?
Ma position est partagée sur ces questions. On peut souhaiter que la loi de 1990 sur la communication politique et électorale soit révisée, pour nettoyer aux passage quelques abberations qui rendent très faibles en France les armes dont disposent les partis politiques pour communiquer, et pour trancher ce qu’il faut faire/pas faire en la matière pour éviter que les seuls à se poser des questions éthiques soient condamnés à perdre.
Je ne suis pas opposé sur le principe à la rationnalisation et à l’efficacité de la constitution de fichiers qualifiés et à grande échelle. Tout le monde le fait d’ailleurs, souvent en bricolant, au niveau local en particulier. Il faudrait juste quelques règles en la matière. Ainsi, je pense que tout ne doit pas être possible concernant le type d’informations recueillies : religion, orientation sexuelle, origine ethnique, détails sur les pratiques de consommation, etc…
Et un autre aspect de la campagne Obama sur lequel je m’interroge est la structuration de la campagne par le net, où les sympathisants qui s’investissent ont un rôle très large et autonome, en ayant accès à une grande partie de ce fichier :
L’outil principal, c’est MyBO. Le site de la campagne est conçu comme un réseau social de type Facebook. Il fait circuler les informations de campagne (meetings, évènements…) au sein de la « communauté Obama ». Plus innovant, il permet aux sympathisants d’entrer en contact et de s’organiser en équipe pour militer. Structurés en groupes géographiques (DC for Obama…) souvent très locaux (Prince William County for Obama…) ou thématiques (Students for Obama, Lawyers for Obama…), ils disposent de moyens d’actions : des kits de formation, un « package » de documentation de campagne, un programme de porte-à-porte (programme Neighbor to Neighbor, qui fournit des listes de démarchage de terrain), des listes téléphoniques pour faire du phoning, etc.
Chaque militant a le sentiment d’être son propre directeur de campagne, avec un tableau de bord qui agrège les indicateurs de ses actions ou de celles de son équipe : combien d’argent récolté, combien de personnes approchées, combien de militants recrutés… Mais ce reporting, qui permet de laisser une grande autonomie aux groupes pour organiser leur travail, permet également un contrôle serré de leurs actions par le staff de campagne.
Extrait de la synthèse du rapport de la mission d’étude Terra Nova sur les élections américaines
C’est diablement efficace. Mais là aussi il me semble que quelques garde-fous sont souhaitables pour que ceux qui participent à la campagne ne puissent pas TOUT savoir de la vie de leur voisin de quartier.
Je reprends un peu à mon compte les interrogations qu’avaient je crois Benoît Thieulin à la fin du Parlons Net sur France Info: dans les mains des adversaires d’Obama, qui accèderaient aux leviers de l’Etat un tel dispositif ne serait il pas décrit comme fascisant ? Peut-on à terme s’opposer à la croissance et à la professionalisation de ces outils en politique en les encadrant ?
La question qui se pose est aussi celle de l’attitude à adopter en attendant se monde idéal où ces sujets seraient réglementés. Faut il pour cela prendre le risque de laisser au pouvoir pendant des années ceux qui ne veulent pas réglementer ?
Et vous qu’en pensez vous ? Que doit on faire et ne pas faire ? Jusqu’où peut on aller dans le souci d’efficacité ? Doit on s’interdire d’utiliser les mêmes armes que son adversaire dans un combat au risque de partir perdant, et de laisser accéder au pouvoir un adversaire qui ne s’en pose pas même la question ? Peut il exister une attitude équilibrée ?
- Posté par Valerio à 10:46
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Ce qui est remarquable c’est que ton commentateur pense que cette base sert à spammer les gens ( il parle de broker mail). Et non, et non , c’est pour du porte à porte qualifié qui permet ensuite de “documenter” l’électeur contacté et d’agir localement avec les militants locaux.
Encore un résumé violent pour se faire peur donc : il suffit d’aller voir le site de la cnil, et on comprend que c’est DEJA possible.
Ensuite les partis politiques touchent entre 80 et 90% des électeurs inscrits : la propagande électorale arrive chez eux, dans une enveloppe au moment des élections !
Tu as raison sur le spam, mais que cela se passe en PàP pose tout de même une question: est il acceptable que des militants en PàP, qui peuvent être des gens que tu connais, de ton quartier, etc… puisse accéder à toutes les infos sur ta religion, tes habitudes de consommation et ton orientation sexuelle ?
Raison aussi sur la Cnil.
C’est bien la question que je pose : que doit on faire dans un environnement légale hyper permissif alors qu’on sait que cela pose des pb et qu’on est face à un adversaire qui ne se pose pas ces questions ?
Paradoxe : alors que les électeurs US n’ont pas ou peu exprimé de phénomène de rejet sur le stockage des données perso par la campagne obama, le web US s’est quand même mobilisé ces derniers jours sur les vidéos youtube (et par la, le fichage google) sur whitehouse.gov
Ca me semble applicable en france : Mr Bidule, vaguement de gauche, grognera lorsque son supermarché utilisera ses données perso mais comme son opérateur de téléphonie, son vendeur de produits culturels ou de meubles font de même, il considère qu’il n’y peut pas grand chose.
Le même ne rechignera pas à donner de lui même des informations personnelles sur des réseaux sociaux (et donc pourquoi pas politique), des pétitions ou des appels divers mais sera par contre révolté que certaines institutions (ministères, renseignement, police, justice, …) fasse de même.
Bon, le seul problème c’est qu’il ne trouve rien à redire sur ces informations bancaires ou de sécurité sociale ….
Allez savoir si dans la perception des Français il n’y a pas des acteurs “légitimes” et d’autres “illégitimes” pour récolter des données. Et je suis pas sur que le politique (nottament via “son” parti ou “son” candidat) soit forcément du coté “illégitimes” … au contraire.
@Damien, si c’est un français, c’est M. Bidule et pas Mr (mister) Bidule ;-)
Je serais enclin à te répondre : c’est toi le bidule !
Sur la perception du fichage par les citoyens dans le cadre d’une campagne politique, j’ai l’impression qu’il y a une grande sensibilité… Par exemple, il est tout à fait possible du moment qu’on dispose de militants disposés y consacrer du temps, et à mon sens pas réellement problématique, de recenser sur un petit territoire, à chaque élection, les électeurs qui se sont abstenus, les nouveaux inscrits, ceux qui ont voté au 1er tour et pas au 2nd. Pourtant, si vous faites par exemple des courriers “personnalisés” entre les 2 tours juste sur la base de l’abstention au 1er tour, cela peut choquer assez profondément les citoyens. De même, si vous vous contentez de faire des lettre “adressées” aux électeurs sur la base du fichier électoral, sans même de considération pour leurs votes ou abstentions précédents, cela peut être perçu comme une intrusion. Il m’est arrivé en distribuant de tels documents de susciter une forte réaction : “comment vous avez eu mon adresse ?”… Je crois que dans le contexte de méfiance vis-à-vis du fichage dans une perspective électorale, il vaut mieux rester discret : concentrer “par hasard” le porte à porte sur les abstentionnistes du premier tour ou des élections précédentes par ex…
Sur les informations que l’on peut récolter, c’est très épineux… A première vue, je dirais que les informations qui figurent sur le fichier électoral pourraient être complétées en cours de campagne par des informations reccueillies dans les conversations de porte à porte, du type : “à gauche mais déçu par le PS” - “fan de Ségolène” (oui, bon…) - “déçu par le sortant” - “fan de Juppé mais peut voter à gauche aux autres élections” (et oui…). Cela dit, si c’est informations font l’objet d’un traitement informatique et d’une large diffusion, cela peut avoir des conséquences sur la préservation des informations personnelles de nos concitoyens…
Pour finir, il y a quand même un vrai manque de culture et de réflexion sur le droit, au sens juridique, en la matière et le droit, au sens plus large, des personnes à ne pas faire l’objet d’un fichage détaillé…. Dans la collectivité où je travaille, un nouveau directeur a eu une présentation orale de ses agents de la part de son chef. Il a mis cela par écrit, l’a envoyé sous forme de tableau à son chef pour “vérifier”. Une personne a diffusé ce tableau aux agents concernés et à la presse : tout y passait : maladie, addictions, engagement syndical… Le message que ce directeur a laissé sur un forum juridique peu après est éloquent : il ne voit pas du tout pourquoi on lui reproche d’avoir écrit “syndicaliste virulent mais pas au travail” ou “problème avec l’alcool, peut être violent”…
Il y a une distinction à faire entre le fichier qui sert au travail de ciblage qui permet un certain nombre de choix (type d’argumentaires, personnes envoyées en porte à porte, etc) et le fait de personnaliser et de communiquer le fait d’avoir choisi ces éléments auprès de la cible.
@ amélie …. si ton “directeur” est totalement déconnecté de la réalité juridique, je crois que m. bidule est surtout incapable d’imaginer le traitement technique qui peut être fait.
mr bidule imagine bien que la loi dit que son orientation sexuelle ou politique ne doit pas apparaitre dans son fichier …. mais il n’imagine pas qu’en croisant ses achats en supermarché avec ses abonnements à des magazines et sa “consommation” de ciné (marche aussi avec le loueur de DVD) on peut le profiler avec mes mêmes infos.
C’est très facile en effet. Rien qu’avec les habitudes de conso on peut déterminer le comportement électoral théorique.
A mon avis, quand on parle de fichiers, on a tendance à très vite avoir peur du big brother. Cette peur n’est pas complètement injustifiée mais elle est largement surestimée. Et Terra Nova, en parlant de “rêve Orwellien” n’arrange rien.
=> sur les informations contenues dans les fichiers :
1) il y a une différence entre la France et les Etats-Unis. En France, on ne peut stocker tout et n’importe quoi (voir la controverse sur l’orientation sexuelle dans Edvige), à la différence des Etats-Unis.
2) ces informations ne sont récoltées que parce que le consommateur le veut bien, au moins légalement (il a forcément à un moment ou à un autre coché la fameuse case “j’accepte de recevoir de l’info, etc). C’est une différence majeure avec les US. Concrètement, si vous n’avez pas coché la case, votre profil n’est pas sur le marché (la règle est un peu différente des infos que vous laissez à votre mairie).
3) toute base de données importante fait l’objet d’une déclaration à la CNIL qui peut intervenir en cas de plainte (on imagine qu’une telle base constituée dans le cadre d’un parti serait sévèrement surveillée)
=> sur l’opportunité d’utiliser ces coordonnées :
A partir du moment ou les bdd sont relativement controlées, et au-delà de l’intérêt politique immédiat, ne peut-on imaginer que la capacité à délivrer de l’information qui l’intéresse à un citoyen donné est un moyen de revitaliser l’intérêt pour le discours politique (je suis intéressé par la santé, des infos sur ce thème seront plus susceptibles de m’intéresser qu’un long discours généraliste).
=> sur le croisement des fichiers :
ce que vous évoqué est quand même très très loin de ce qui peut être pratiqué en france
- d’une part parce que les fichiers sont la plupart du temps à louer et pas à vendre (vous voulez envoyer un message - vous contactez un broker en mails, ex kdp ou autre - il vous fais la sélection souhaitée - vous lui donnez votre message - il l’envoie==> jamais vous ne voyez l’adresse ni le nom)
- d’autre part parce que ces outils de data mining sont encore loin de ce que peut s’offrir un parti politique
Il est évident en tout cas que ce passage d’une communication de masse à une communication personnalisée (que le privé a depuis longtemps opéré, à quoi servent sinon les cartes de fidélité?) pose des questions de contrôle que le cadre actuel de la CNIL ne remplit pas.
2 remarques.
La situation américaine : on peut quand meme s’interroger. Grace à cette élection, le Président dispose d’une base de données d’un corpus gigantesque (la quasi totalité de la population en age de voter) avec 500 critères max par personne. C’est considérable. Si le FBI avait annoncé la réalisation d’une telle liste, ca aurait choqué. Parce que l’objectif était différent, cette liste s’est constituée dans l’indifférence. Devons nous etre indifférent face à son utilisation par le Président pour autant ? non. D’ailleurs, nous avons quand meme croisé quelques bloggueurs et activistes, dont Zack Uxley (moveon.org) qui nous a dit : “ce genre d’outils et sa collecte public doit nous interroger sur ce qu’en feraient des fascistes… ” Les intentions d’Obama sont bien éloignées de tout ca. Mais ce phénomène est à suivre. Ca me rappelle la phrase de Mitterrand sur la 5eme République : ” des institutions dangeureuses, qui l’étaient avant moi et qui le redeviendront, apres moi”.
La situation francaise : je ne suis pas un spécialiste. Mais la CNIL nous a bien rappelé que la loi de 78 autorisait les partis à constituer des listes avec bcp plus de libertées pour une raison simple : que l’appareil d’Etat ne puiss en profiter pour museler l’opposition. Il est donc possible de faire des choses relativement équivalente à ce que font les américains en la matière lorsqu’on est un parti politique. Et pour aller dans le sens de GBruno : on peut s’interroger sur la capacité des francais à bien controler ces bases lorsqu’on voit ce que donnent le STIC ou les tentations gouvernementales sur Edwige.
[...] Le recours aux bases de données ne va bien sûr pas sans poser quelques problèmes éthiques (voir ce billet de Valerio Motta sur le sujet), mais l’enjeu vaut au moins la peine d’étudier la [...]
Encore un débat bien français ! Je n’ai lu nulle part sur le web US que cela faisait polémique.
D’une manière générale, je trouve que en France on psychotise pour pas grand chose dès que l’on parle de fichage électronique.
Le fichier Edvige, la carte Navigo … et voilà même que l’on s’inquiète pour les autres !
Après tout , si ces données peuvent permettre de réduire la fraude au fisc, aux indemnités sociales, si elles permettent de lutter contre les violences (edvige), si elles permettent d’améliorer les statistiques de santé notamment au niveau des épidémies (ex Google Health), et si je peux gagner du temps en prenant le métro (et ne pas faire la queue pour recharger ma carte), si je peux bénéficier de services web de qualités qui me facilitent la vie tous les jours (cf google), etc… alors je ne vois pas le problème !
Reste bien sur le problème de la protection de ces données et de leur non divulgation, mais je pense que la loi nous protège quand même bien de ce côté (surtout en France). Mais sur ce dernier point je ne suis pas du tout légiste…